L'HISTOIRE DES MICROS

Le mot existait avant l'objet même.

Le mot " microphone " Mikros (petit) et Phônê (voix, son) fit son apparition dans le " dictionnaire de Trévoux " publié en 1732. Robert Hooke, (1635-1703) mathématicien et astronome anglais réalisa en 1667 un téléphone à ficelle. Voici ce qu'il écrivit :

"Je puis affirmer qu'en employant un fil tendu, j'ai pu transmettre instantanément le son à une grande distance et avec une vitesse, sinon aussi rapide que celle de la lumière, du moins incomparablement plus grande que celle du son dans l'air" (cit).
Ainsi 2 pots de yaourts reliés ensemble par une ficelle tendue, peuvent servir à vérifier la réalisation de Hooke.

On parle dans un pot, on écoute dans l'autre

Pot de yahourt
Bien évidemment, ceci n'est pas un véritable microphone,
c'est à dire qu'il ne transforme pas les vibrations acoustiques en courant électrique.
Voilà comment une expérience scientifique devient un amusement pour les enfants.
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Le premier microphone breveté fut inscrit en date du 4 juin 1877 par Emile Berliner. Il s'agissait plus précisément du premier transmetteur bon pour toutes les distances. Cette invention était destinée à la communication téléphonique et non à l'enregistrement ou la captation musicale. La technologie prendra plusieurs dizaines d'années avant d'en arriver à pouvoir capter de façon convenable autre chose que la voix parlée, c'est-à-dire la musique instrumentale et vocale.
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Vers 1857, Edouard SCOTT de MARTINVILLE (1817-1879), ouvrier typographe et inventeur français avait déjà mis au point un dispositif capable de graver la voix humaine sur un cylindre de cire. Son phonautographe était composé d'un cornet acoustique et d'une membrane capable d'exciter un stylet qui venait graver ses fines oscillations dans la cire. Mais ce système ne convenait pas pour la génération de signaux électriques.
Phonautographe
Phonautographe (1857)
Prise de son
Prise de son
 
Avant la révolution électrique, les musiciens qui enregistraient en studio devaient s'entasser afin de jouer et diriger le son de leurs instruments dans un grand cornet acoustique (Voir photo ci-dessus) qui canalisait les ondes sonores qu'ils produisaient vers un diaphragme sensible aux vibrations, ce qui permettait à un phonographe acoustique de creuser des rayons dans un disque recouvert d'une couche de cire. Suite à l'apparition d'amplificateur et de microphones plus sophistiqués, on pouvait maintenant enregistrer les musiciens dans une disposition naturelle, comme celle qu'ils utilisaient pour les spectacles, grâce à un microphone captant les ondes sonores de l'orchestre pour ensuite les transmettre par le biais d'un amplificateur qui transformait celles-ci en signaux électriques, à un graveur de disque électro-magnétique. Le microphone à condensateur a été développé en 1916 par E. C. Wente aux laboratoires Bell. Il fût améliorer durant les dix années qui suivirent et ces développements menèrent entre autres en 1926 à un microphone de modèle 394-W de Western Electric que l'on utilisa pour produire la première génération de film avec son. Le microphone à condensateur demandait un amplificateur intégré, contenant un tube vide amplificateur très près de l'élément du microphone afin d'amplifier le faible signal à un récepteur de type phonographe ou radio émetteur.
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Le premier transmetteur électro-acoustique opérationnel est sans doute dû à l'ingénieur américain David Edward HUGHES (1831-1900). Il imagina en 1878, un appareil capable d'être impressionné par des sons très faibles et auquel il donna le nom de microphone.
Microphone de Hugues
Cet appareil était composé d'un petit barreau de charbon de cornue taillé en pointe à ses 2 extrémités et maintenu entre 2 cavités hémisphériques creusées dans une plaquette de charbon de cornue. Les sons émis à proximité du barreau le font vibrer. Les variations de résistance de contact au niveau des pointes modifie le courant dans un circuit électrique associé. Augusto RIGHI inventa un microphone à poudre conductrice. Enfin HUNNINGS utilisa le carbone en poudre
Microphone de Hugues
Microphone de Hugues
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Un microphone, à bouton de carbone simple fût largement utilisé pour les téléphones à cornet détaché fabriqués par Western Electric, modèles 299 et 323, de 1915 aux années 1920. Ce type de microphone convenait au registre limité de la voix utilisé par le téléphone, mais le carbone produisait trop de bruit de fond pour l'enregistrement musical. Le microphone à double bouton de carbone monté sur ressort quant à lui fût conçu pour empêcher les granules de carbone à l'intérieur de l'émetteur de se déplacer et de toucher le diaphragme en cours d'opération.
 
Micro à bouton de carbone
Micro à bouton de carbone (1915)
 
Micro à bouton de carbone
Micro à bouton de carbone (détail)
 
Micro de Western Electric Modèle 373-W
Micro de Western Electric
Modèle 373-W
 
Dans La Physique Populaire de 1896, on peut lire l'explication suivante : "Les particules de charbon provoquent des milliers d'étincelles qui sont à l'origine de la modulation du courant [...]". Ce même ouvrage admet que toutes les tentatives d'explication du phénomène microphone sont loin d'être vérifiées. L'expérimentation règne en maitre dans les sciences naissantes.
Microphone à charbon type PTT24
Microphone à charbon type PTT24
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Microphone à crayons de carbone
La sécurité de contact fut améliorée par ADER qui proposa un microphone formé de deux groupes de cinq crayons de carbone. Les contacts aux extrémités étaient modifiés par les vibrations quand les ondes sonores faisaient bouger les crayons ce qui permettait une variation plus importante du courant.

 

Microphone système Berthon à granules
Microphone système Berthon à granules,
boitier en ivorine, avec plaque de fixation
pour adapter le microphone à l'appareil

 

Micro téléphone
Micro téléphone
microphone de téléphone et d'un transformateur Basse-Fréquence
Ancien appareil composé d'un microphone de téléphone et d'un transformateur Basse-Fréquence pour une adaptation à un poste d'émission radio. Cet appareil a du être utilisé par un radio amateur dans les années 1925.
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Georges Neumann a manufacturé les microphones à condensateur qui sont devenus célèbres à travers le monde entier pour leur qualité. Le CMV3 fût le premier modèle vendu par sa compagnie qu'il ouvrit à Berlin en 1928. Le microphone "bouteille" fût utilisé par les radios Allemandes et l'industrie de l'enregistrement dans les années 1930, et furent utiliser pour diffuser les discours des leaders Nazi et les jeux Olympique de Berlin en 1936.
Neumann CMV3
Neumann CMV3
Neumann CMV3
Neumann CMV3
Micro "bouteille" Neumann CMV3
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Le microphone à bobine de fil mobile, plutôt appelé dynamique a été développé par W.C. Wente et A. C. Thuras aux laboratoires de Bell à la fin des années 1920, et fût protégé par une licence en 1931. Contrairement aux premières conceptions des condensateurs avec une plaque fixe derrière un diaphragme qui vibre, ce microphone utilise une bobine de fil ("coil") derrière le diaphragme qui se déplace avec une vélocité relative à la fréquence du son. La sensibilité du voltage à la sortie résulte de la résistance, ou impédance du système de cette bobine de fil qui bouge. Une basse impédance de 30 omhs permet la transmission sur de long câbles sans perdre de qualité. Le modèle 630A était unidirectionnel avec une réponse aux fréquences de 30 à 15 000 Hz.
 
Western Electric 630 A
Western Electric 630 A
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Le microphone à ruban ou à vélocité fut présenté par RCA en 1931 comme étant le modèle 44A (Fig 5) et devint un des microphones les plus utilisés dans l'enregistrement de la voix. Ce micro était bidirectionnel avec une captation sonore en forme de 8, vers le devant et le derrière, éliminant les sons indésirables des côtés. Les avantages de la haute sensibilité et de l'aspect directionnel étaient idéals pour les "crooners" comme Bing Crosby. Cependant une taille imposante et un poids de près de quatre kilos limitaient ses applications à des endroits fixes comme les studios d'enregistrement et les scènes de son pour les films.
Le microphone unidirectionnel à ruban RCA 77A, ou "cardioïde" captait le son du devant seulement plutôt que le précèdent qui le captait en forme de 8. En raison de son mode de captation en forme de coeur inversé, il fût popularisé sous l'appellation "cardioïde". Ce micro avait un ruban de vélocité accroché au centre avec la moitié supérieure jointe à un autre ruban avec une pression de référence. Le RCA 77B sortit en 1937 était plus petit et des composantes magnétiques nouvelles engendraient une meilleure sensibilité.
Le microphone à ruban unidirectionnel 639A de Western Electric était vendu par Altec à partir de 1939; il était utilisé par Voice of America en 1950.
Le microphone unidirectionnel à simple élément tel que le Shure Unidyne fut très populaire durant la deuxième guerre mondiale.
Microphone à ruban
Le principe de base pour le microphone à ruban est un ruban (50 mm de long par 2,4 mm de large) très léger, habituellement fait en alluminium et suspendu entre les pôles d'un aimant, le raccordement électrique étant fait aux extrémités opposées du ruban. Le mouvement du ruban est amplifié pour la reproduction. Les microphones à ruban ont une basse sensibilité, mais ont une réponse en fréquence très large. Le ruban peut être facilement étiré ou même cassé en soufflant fort directement dans microphone.Uutilisé dans certains films, on constata rapidement que l'enregistrement proche d'armes à feu suffisait pour casser les rubans.
RCA 77 D
RCA 77 D
RCA 44A
RCA 44A
RCA 44A
RCA 44A
Quand on regarde les pochettes de disques des années 50/60, on n’y voit que 2 types de micros : les RCA 44 et les RCA 77. Ce sont les deux micros les plus utilisés dans les studios du monde entier avant l'apparition du Neumann U47.
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Microphones PHILIPS
Microphones PHILIPS
Microphones PHILIPS (1930/1935) montés sur supports amortisseurs à ressorts pour que les grains de charbons ne s'entrechoquent pas

 

Microphone radio
Microphone radio
Micros utilisés en radio, ...mieux que le morse !
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Le microphone polydirectionnel apparut dans les années 1940 faisant passer la directionnalité du patron restreint de type cardioïde à un large champ directionnel. " Durant les années 1950, les microphones Neumann furent également vendus par Telefunken et portaient ce logo. Ainsi, le U47 fut popularisé sous le nom "Telly". On dit même que Frank Sinatra lui-même refusait de chanter sans son "Telly", le U47 de Neumann."
Neumann U47
Neumann U47
Neumann U47
U47 dans son coffret

 

Le M49 fut introduit aux les radiodiffuseurs Allemands en 1952. En raison de sa versatilité sans précédent, ce modèle conquit les studios d'enregistrement du monde entier de façon assez rapide. En raison d'une caractéristique innovatrice, le "remote pattern control", on lui trouva un large éventail d'utilisation en tant que microphone principal au-dessus des grands orchestres. D'autres applications plus spécifiques en firent un micro très utilisé pour les instruments à vent et à cordes, le piano et le favori des annonceurs."
NEUMANN M49
NEUMANN M49
NEUMANN M49 (1952)
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Dans les années 1950, le microphone axial devint populaire grâce à son ruban transmetteur situé au bas d'un mince cylindre, idéal pour l'aspect portatif que l'on voulait pour le modèle KM54 par exemple. Après l'arrivée du KM54 en 1954, il a acquis rapidement une excellente réputation comme microphone vocal pour la radio et la télévision. Il était utilisé dans plusieurs chambres de parlements et a servi au pupitres de l'assemblée générale des Nations Unis à New York. C'était également un microphone utilisé pour les enregistrements musicaux. Le KM 54 fut produit de 1954 à 1969. Des milliers de ces microphones sont encore performants et en utilisation aujourd'hui. La corporation Gotham Audio a mené une campagne publicitaire en 1961, montrant le président John F. Kennedy parlant aux Nations Unis dans une paire de micros Neumann Neumann est honoré de servir aux communications des Nations Unis par la performance fiable et précise de ses microphones reconnue mondialement.
Le microphone à électret ( électrostatique ) apparut aux alentours de 1970 a un diaphragme chargé de façon permanente, fait de pellicule de plastique et plaqué sur un côté. L'ajout d'un transistor à champ d'effet permet une entrée à haute impédance et une réponse de fréquence uniforme de 30 à 15 000 Hz.
NEUMANN KM 54
NEUMANN KM 54

 

Microphone numérique
Déjà étudié depuis plusieurs années en Amérique, le premier microphone numérique est fabriqué et vendu par la firme Beyer en 1998.Il a été mis au point par Kai Konrath assisté du docteur Jahne de la Stage Tec Company et de divers collaborateurs.Le microphone est devenu numérique avec les deux modèles Beyer MCD 100 et MCD 101.
BEYERDYNAMIC MCD 100
BEYERDYNAMIC MCD 100
 
Quand on sait que les appareils d'enregistrement numérique ont un rapport signal/bruit qui tourne autour de -90dB ou -95 dB et que nos bons micros électrostatiques génèrent un bruit de fond d'environ -75 dB en rapport signal/bruit, quelle déception pour les amateurs d'enregistrements numériques. Mais les micros électrostatiques ont des qualités qui ne sont plus à mettre en doute, alors, que faire ?
Un microphone numérique
La firme Beyer a réalisé un transducteur qui conserve les cellules électrostatiques habituelles mais avec, derrière elles, une électronique sophistiquée permettant de délivrer un signal numérique AES/EBU* suivant la norme AES 3**Les connections se font par l'intermédiaire de prise XLR à trois broches disponibles sur certains magnétophones DAT, ADAT et sur les consoles de mixage numériques. Ainsi, le traitement du signal, après la capsule (17 mm) dont la membrane est recouverte d'une couche d'or, est entièrement effectué en numérique jusqu'à l'enregistrement, avec une dynamique atteignant 115 dB.
*AES/EBU = Audio Engineering Society and European Broadcast Union.
**AES 3 = Impédence 110 ohms, niveau 4,5 volts, données 6,155 Mhz.

 

Le Microphone
Indien enregistré sur Edison

 

A SUIVRE...